Dimanche 19 septembre 2010 7 19 /09 /Sep /2010 14:47

Joshua n’avait eu aucune difficulté pour obtenir la place aux archives. La pénombre et la fraîcheur des sous-sols l’attiraient en ce bel été. Là-haut, dans la trop forte lumière voltigeait une poussière poisseuse, et au bruit incessant de la rue s’ajoutaient les réclamations souvent discourtoises des clients. Le calme et la température apaisée lui paraissaient être de bonne compagnie pour cette période de préparatifs.

Ce matin –là, à 8 heures, il faisait déjà très chaud. La circulation sur le boulevard particulièrement dense. Joshua passa à la pointeuse avec satisfaction et descendit au sous-sol. Il était tôt, Ida, l’employée régulière des archives n’était pas encore arrivée. Il examina les lieux et comprit pourquoi l’entreprise recherchait d’urgence un archiviste. Personne n’avait été volontaire depuis longtemps pour aider Ida dans sa tâche de classement. Des mois et même des années de retard s’accumulaient. Ida et sa bonne volonté n’y pouvaient rien. Les dossiers ne cessaient d’arriver, les cartons n’en finissaient pas de s’empiler.

Joshua mesura sa chance, personne ne viendrait le déloger de ce sous-sol durant les trois-quatre mois d’intérim qu’il s’était fixé. Il aurait dans la fraîcheur, tout le loisir de rêver et d’échafauder… le travail de classement, peu prenant lui laisserait certainement l’esprit disponible. Satisfait, Joshua vit arriver Ida avec plaisir. Elle lui parut  timide et peu bavarde, et cela aussi lui allait parfaitement. Après les présentations, elle lui expliqua la façon de procéder au classement et lui indiqua les cartons à traiter en priorité. Puis à l’écart, elle poursuivit les rangements abandonnés la veille.

Joshua se mit au travail aussi, consciencieusement. Il travailla toute la matinée sans lever le nez. Ida, dans sa tâche solitaire et infinie, l’avait touché : sa simplicité, sa rigueur, son sérieux méconnu. Il ferait de son mieux pour diminuer significativement les piles de dossiers. Confusément, il souhaitait lui donner un peu d’air, une respiration, et pour cela il n’avait que quelques semaines devant lui. Quand l’heure du repas arriva, elle donna le signal du départ et chacun s’en alla de son côté. La journée se déroula dans un silence quasi complet. Ida absorbée par sa tâche ne levait la tête que lorsque Joshua l’interrompait pour un renseignement d’ordre technique. Les jours qui suivirent se déroulèrent de la même manière, ni Ida ni Joshua ne ressentaient le besoin de communiquer. Le silence n’était pas pesant, juste utile et respectueux.

Un matin, ils s’accordèrent une pause;  elle devint une habitude. Le café su leur faire prendre la parole : elle parlait de sa vie, des enfants trop sages, du mari dépressif… Lui, il expliquait l’intérim, la fraîcheur et le calme, le rêve, le besoin de penser…

Après le temps du café, tous les deux retournaient au classement. Les pensées de chacun n’emplissant plus que l’espace de leur boîte crânienne.

Tandis qu’Ida se précipitait vers son petit monde, dès la fin de la journée, Joshua courait à son projet. Il envisageait avec son ami Edmond, un voyage autour du monde en voilier. Ils s’étaient donné cinq ou six mois pour transformer leur envie d’aventure en réalité, travaillaient tous les deux pour cette réalisation et se retrouvaient chaque soir pour faire évoluer le projet. Edmond avait un vieux voilier. Quand Edmond et Joshua s’étaient engagés dans cette aventure, il leur avait fallu penser à un aménagement spécifique pour le voyage au long cours ; des modifications et des réparations s’étaient avérées nécessaires. Puis il avait fallu déterminer les parcours, un idéal et puis un autre, de rechange. Les deux amis étaient pleins d’énergie, de rêves, mais savaient leur expérience de navigation un peu limitée. Ensuite, ils avaient entrepris des recherches sur le net, avaient vérifié qu’ils n’oubliaient rien ; ils avaient lu des tas de carnets de bord de voyageurs, des récits d’aventures échevelées et loufoques, des comptes rendus sérieusement détaillés.    

Le travail en sous-sol laissait à Joshua tout loisir pour penser : il voyait la mer, rêvait de voile, de vent, de tempêtes, de nouveaux paysages. Il travaillait sans ennui, appréciait follement l’ombre, et laissait flotter son esprit dans l’espace sans vague des archives. Les jours s’écoulaient tranquillement, chargés d’attente aux relents marins.

Elle, elle aimait ce travail monotone, elle y trouvait le calme et la place pour ses rêves, aussi. Le matin, après s’être acquittée de ses obligations enfantines, Ida avait le champ libre pour la divagation. Elle avait toujours été rêveuse, on le lui avait souvent reproché. Dans la demi-obscurité des archives, elle avait trouvé loin de l’agitation, des exigences, de la rentabilité attendues de ses collègues de l’étage, un havre de paix, un nid où ses idées fantaisistes pouvaient éclore en toute quiétude.   

La présence de Joshua, bien que silencieuse, avait rompue sa solitude et elle avait été contente. Puis elle avait proposé la pause café, songeant qu’il était dommage de garder le silence, alors que Joshua était bienveillant… et temporaire. Au fil des jours, les pauses du matin étaient devenues incontournables. Ses envies d’évasion, d’horizons vastes, étaient maintenant bleu outre-mer, elles oscillaient dans le mouvement des océans, les odeurs de sel et les embruns. Le visage d’Ida avait acquis une fermeté touchante, celle d’un visage d’enfant captivé. La fraîcheur nouvelle de son teint éclairait doucement la pénombre du sous-sol et l’été continuait de jaunir sous le soleil. Le travail ne diminuait pas, et ce n’était un problème. Chaque soir, elle repartait vers sa famille, et lui, vers Edmond et le projet. Chaque matin les rapprochaient pour les emporter plus loin sur la mer, chaque matin davantage ; le soir à nouveau les entraînait, l’un vers le rêve, l’autre vers la réalité. Par touches mousseuses, le voyage de Joshua écumait les heures du sous-sol, Joshua s’en allait, Ida s’accrochait à la blancheur morcelée.  

La chaleur déclinante annonçait les jours plus courts, Ida commença à les redouter. Le projet n’en était plus un, il était devenu palpable. Joshua bondissait, le bateau était prêt et les jeunes gens aussi. Les deux amis terminaient joyeusement leur mois.

Un des derniers matins d’octobre, Ida apporta une énorme grappe de raisins. A l’heure du café, les archivistes stoppèrent leur classement et partagèrent les fruits juteux aux couleurs d’automne. Un à un ils avaient égrainé les jours d’été, puis de l’automne, maintenant, les pulpeuses rondeurs aux couleurs de saison. Sur leur langue le jus sucré, sur leurs lèvres les évocations, les rêves et des pépins…

Le dernier jour, sur la porte, Joshua trouva, vestiges de l’été, la grappe sans fruit punaisée. A côté ces mots :

 

…squelette d’un rêve avec toi… mais follement…

Bon vent !

Ida

 

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Samedi 11 septembre 2010 6 11 /09 /Sep /2010 22:53

Une fourgonnette posée là,

warning, le livreur livre,

téléphone, adresse internet,

discute,  bouche la vue

rouge, noir sur fond blanc

les vois, ne les vois plus

les vois à nouveau

Videogames,

les vélos, les passants

les moteurs sont ailleurs,

calme, des enfants

des mamans aussi, San Agata,

passe une vespa - pas- passe -

vespasse

la fourgonnette redémarre

 

 

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Mardi 10 août 2010 2 10 /08 /Août /2010 12:09

Attente

retard

attente encore

inquiétudes

passent repassent

en foule

solitaires voyageurs

passent repassent

roulettes et valises

passent passent repassent

passeport

j’observe

pas sûrs pas certains

hésitants incertains

pas perdus pas trouvés

certains

baisers :

pas de deux

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Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 16:13

de revenir

envie de photos

envie de mots

envie en deux mots

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Lundi 22 mars 2010 1 22 /03 /Mars /2010 12:24
Paupières écloses
le ciel badine
le gris vacille
Sur les papilles
le bleu babille

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Jeudi 18 mars 2010 4 18 /03 /Mars /2010 08:27
Elles savent :
il y a avril
il y a les fils
Prudentes, elles avancent
avec leur vieilles mémoires

Elles savent :
Au printemps
le fond a son air frais
frais de toujours

Sous les chapeaux :
temps ridé
les souvenirs
chauds au fond
se paument
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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 12:24
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 19:55
première rencontre 1 ob
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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /Mars /2010 07:33
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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 11:59
Il le sait, chaque matin c'est la même chose. Il passe la porte de sa chambre, lève les yeux, il a peur. Malgré la décision répétée de ne pas la regarder : elle est là : Le feu éclaire son visage, le bas seulement, les ombres amplifient leurs reliefs. Il distingue mal ses traits, mais la pénombre, ses outrances et son point de vue d'un mètre vingt l'entraînent à les voir malveillants. Tous les matins c'est la même chose, elle mélange la soupe, sans odeur.
Tous les matins, il voudrait courir, lui échapper, se réfugier.
Tous les matins, il voudrait que la femme, là-bas dans la cuisine, ouvre des bras ronds et chauds. Tous les matins, elle pourrait rassurer ses frayeurs d'ombres étirées ... 
Tous les matins pourtant, debout derrière la table, propre dans un tablier blanc, sans contact, elle dit :
" Bonjour, mon fils. Tiens, bois ton lait, il est chaud."

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